Obscurantine by OBSCURANTINE

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POUR LA PETITE HISTOIRE
– Les textes que nous vous proposons de découvrir sont le produit d’humeurs et de révoltes espacées dans le temps. Tous ont emprunté de multiples voies avant d’acquérir leur forme définitive. Mais cette dernière est toujours relative et nombreuses sont les histoires qui continuent de s’écrire après que leurs auteurs les aient abandonnées. Nombreux aussi sont ces textes qui appellent un travail de longue haleine, ces œuvres qui n’appartiennent pas à la maigre catégorie des « livres révélés ».
– Et l’illumination ?
– Un effet littéraire.
– Du point de vue des sujets abordés tout au long d’Obscurantine, il est apparu a posteriori que la narration écorchait plus assidûment certaines terres que d’autres : L’ENFANCE (ou le souvenir de la grâce), LA MORT (une absurdité cohérente), L’IMPACT social et psychologique des mobilités individuelles (un sujet trivial autant qu’académique). Est-ce suffisant pour soutenir l’idée que cette prose forme un ensemble homogène ? Nous ne le pensons pas, simplement parce que les textes que vous allez entendre ne prétendent à aucune autre unité que celle qui leur est propre. Pourquoi ont-ils été écrits ? Pour soustraire à l’oubli un moment, une émotion, un sentiment, un cri…
Bien sûr, il est tentant d’affirmer qu’il ne pouvait en être autrement – au moins pour justifier l’ardeur qui a nourri la composition – mais, qu’on ne s’y méprenne pas : il s’agit d’un acte gratuit, largement tributaire du reste, c’est à dire de tout, du grand Tout, comme du besoin impérieux d’examiner ses selles. Ce recueil ne prétend à aucune homogénéité, mais agrège plutôt des bouts d’expériences transcrites sur la page. Celui qui espère y débusquer un « spectre littéraire » baladant ses chaînes et ses idées fixes risque fort d’être déçu. La lecture en filigrane a du bon, croit-on, pour pister les fils d’Ariane. Or, nous ne fournissons en annexe aucun plan du labyrinthe. D’ailleurs notre Ariane tricote des chaussettes à l’ombre des saules et n’a pas de sœur du nom de Phèdre.
– Elle tricote ?
– Nous plaidons pour une toute autre autopsie du verbe !
– Ca on connaît.
– Nous croyons à son alchimie ! À la couleur des voyelles ! Au corps sonore des mots !
– Mais oui…
– Partant d’un point de départ, le texte, plat, écrit, aplati, il restait à lui donner vie sur la bande.
voix A : « le bonheur n’est plus dans le pré, il est dans l’emploi ».
– Et cette naissance se fit d’abord par la voix, plus particulièrement, par le ton du récitant, ampoulé, emphatique, aéré, grandiloquent, pompeux, cérémonieux, trop gonflé et pour tout dire gonflant. Enfin bref, le ton qui avait auparavant accompagné et guidé l’écriture à voix haute. Ce postulat nous éloigna d’emblée des chemins qu’avaient depuis longtemps empruntés la poésie action et/ou sonore.
Voix B : « le temps qui passe accélère, accélère, accélère, accélère, accélère, accélère, lors des, lors des, lors des, lors des, [Oh ! L’ordure !], l’or des naissances de b É b É s !!! ».
– Quelque chose de plus classique en somme. Quelque chose qui nous rapprochait du conte, voire de la poésie antique psalmodiée, la versification en moins. Puis, le gros du travail consista à créer de toutes pièces un univers sonore propre à chaque texte. Nous décidâmes de cela en avril 2006, suite à l’écoute d’un premier enregistrement de La Nuit décélère.
voix B : « accélère, accélère… »
– En effet, c’est au cours de ce printemps que naquit véritablement le projet qui, au terme de multiples pérégrinations, a abouti à l’objet que vous avez sous les yeux. Le même mois, nous baptisâmes l’aventure du nom du poème éponyme Obscurantine et, très vite, nous prîmes conscience de tout ce qu’une telle entreprise requérait comme investissement. De la sueur et de l’eau ont coulé sur nos fronts et sous les ponts ! Puisse cet opus garantir que nos efforts ne furent pas vains.
– Oh que c’est vilain !
– Mais, trêve de larmoiements ! Venons en au fait, c’est-à-dire au son.
– Bien… mon amie Banquise, Marquise de Frigo Plus, et moi-même commencions à désespérer.
– Tous les sons que vous entendrez ont été enregistrés par nos soins. AVIS aux curieux ! Vous trouverez plus bas un répertoire de nos cliquetis, craquements, clameurs, sifflements, soupirs, crissement et déflagrations. C’est que le parti pris de la création originale interdit tout recours aux sons dits « de deuxième main », ce qui signifie que ce que vous croirez être l’échantillon d’un titre déjà produit, distribué et vendu ne le sera assurément pas. Inutile de s’obstiner ! Car ce genre de découverte ne témoignera de rien d’autre que des égarements de votre imagination débordante !
– Dis donc, il s’énerve le petit.
– Une fois extraits du réel, ces sons ont fait l’objet d’un montage mobilisant…
Voix C : « et mobinisant »
– …souvent un grand nombre de pistes ainsi que plusieurs mois de labeur. L’ambition de nos montages a toujours été d’habiller le texte par le biais d’illustrations et de suggestions sonores. Ces deux procédés, nous les avons soigneusement soupesés en vue d’obtenir un certain équilibre entre ce qui devait être explicitement – c’est-à-dire de manière sonore – exprimé et ce qui ne nécessitait qu’une ambiance, à l’instar des fonds sonores de La Nuit décélère et des Zémophiles spationautes. À leur propos, la première dispose d’une garde personnelle composée d’épées qui ne ruissellent devant rien ; les seconds sabrent l’espace-temps avec des ciseaux. Ainsi, s’il existe « un fil conducteur », il faudra le chercher dans la facture sonore davantage que dans les mots. Madame ! Tenez vous prête à surfer sur les ondes d’Ariane. Mais, quoiqu’il en soit : nous plaidons pour l’abolition relative des repères musicaux !
– Ça fait beaucoup ! Et son tricot ?
– Les musiques d’ Obscurantine sont dansantes pour qui sait danser au rythme du Train Corail. Toutefois, il est fortement déconseillé d’animer vos soirées cocktails avec ce disque. Vous lasseriez ceux qui veulent faire la fête.
voix D : « Les voilà ! ce sont les oiseaux de nuit ! ».
voix E : « Alors, très vite, tous les clients du bar d’Aicha se précipitèrent pour tourner le verrou ».
– C’est qu’ici l’écoute requiert un minimum de concentration, Monsieur. Et vous Madame, soyez en assurée, vous vous interrogerez sur l’arrachage concerté des bornes à 4/4.
– La rythmique ?
– Un train ! Mais plus tard elle sera monnaie du pape, tandis qu’ailleurs l’Aurore surgira d’une mélodie de courant d’air…
– Il se fait poète, Banquise !
– La Musique n’en reste pas moins l’art de combiner les sons tirés de la vie, puisque la vie elle même est poème. Tenez, l'angoisse préliminaire de l'explosive Néo Tokyo est tissée avec la joie d’une victoire footballistique majeure. Il se dégage des foules en liesse le doux parfum des massacres…
– Oui ! Le foot c'est fou.
– Je lis de la perplexité sur vos sourcils en circonflexe renversé. Au vrai, je me demande si vous ne comprendriez pas mieux notre démarche artistique à partir d’une belle absente.
– Envoyez ! Envoyez !
Le temps s’est déversé nu jusqu’à ce résultat ambigu
À l’origine pointait le désir de participer au chahut
Le harpon de l’Inconnu banni vînt corrompre notre flan
Et nous emporta sur l’orbite des sons animés
Tantôt chancelants pendant la traversée des obédiences
Tantôt chambellans chanceux des bienfaits de la Danse
Ici lisez l’élégie de l’expérience trouble des vents
Souffleurs robustes aux cuivres de l’âge d’Adam
Accompagner les diables dans le royaume de Perséphone
Par le truchement savant d’un téléphone bourdonnant
Débute la lutte aux mots crus des balafrés de la vie
Affranchis du Mal angoissant : partir loin, partir droit dans nos Bruits
BANQUE DE SONS
Ascenseur bloqué
Bidule étiré
Bip GRZ
Bip Ma 1
Bip tududu
Chaise de bureau
Clochette A
Clochettes A & B
Compostage en série
Contre arpège
Disto X
Eau bassine
Escalier 3 + annonce
Escalier 4 + frottements Escalier 5 + sifflement
lourd
Escaliers + Clés
Escaliers béton
Escalier fin & chute
Fleuret
Foule TV
Frottement chaise
Goutte
Grincement b1
Grincement c1
Grincement lino
Grincement porte escalier
Guitare basse
Guitare classique
Haut d’escalator
Horloge A
Horloge à billes
Horloge bureau
Horloge LB
Hum
Hurlement
Larsen interphone M
Long buzz
Lubrano vs Maiz
Machine à laver A
Machine à sous
Machine B
Maracas
Mm
Oeufs
Orage 26.07.06
Ouverture ascenseur
Pff
Pluie terrasse
Porte bidule2
Porte caoutchouc 3b
Porte entrée
Porte four B
Porte four L
Porte grinz
Porte longue 4a
Porte saloon
Porte SDBL
Porte sous sol
Porte terrasse ratée a
Radio XMO
Rambarde escalier 1
Respiration 1a
Sifflet
Son Bass delay 4
Son CFA
Son couvercle c
Sonnette HR extérieure
Sonnette L intérieure
Sonnette M
Son Memory Man 2a
Son trou
Soupirs 1
Stratoson
Thème gratte
Train à l’approche
Train en gare2
TV buzz L
TV C
Umm
Vox speedmix
Obscurantine
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Tracklist
| 1. | La nuit décélère | 7:09 |
| 2. | Obscurantine | 2:01 |
| 3. | La minute de silence | 3:35 |
| 4. | Parenthèse | 4:41 |
| 5. | J'ai mal à mon père | 3:06 |
| 6. | Petites considérations sur le transport ferroviaire | 4:17 |
| 7. | Soit dit en passant | 3:57 |
| 8. | Aux zémophiles spationautes | 4:48 |
| 9. | Il était une fois | 2:56 |
| 10. | Portes | 3:20 |
| 11. | Néo Tokyo | 4:30 |
Credits
Obscurantine [Victor Jorge & Anton Mobin]







